• Else Delaisse

"Être ou ne pas être journaliste ?" avec Adrien Joveneau



Portrait d'Adrien Joveneau, réalisé par Juliette Fleurie, à retrouver sur Instagram à @juliettefleurie et @lespetitsdessinsdelafleurie


Dans son pays ou aux quatre coins du monde, c’est toujours avec le même enthousiasme qu’Adrien Joveneau écoute, questionne et transmet. Passionné de voyage, il nous emmène avec lui dans ses émissions aux concepts originaux et plein de bienveillance, pour la RTBF. Du « Beau Vélo de Ravel », où il part à la découverte de son pays et des gens à vélo, aux réserves naturelles dans « Grandeur Nature », il produit et anime ses émissions avec engagement. Dans « Les Belges du bout du monde », des expatriés peuvent ainsi renouer avec leurs racines, en parlant de leur vie loin de leur terre natale. Il est aussi à l’initiative des « Belgodyssées », un concours pour les jeunes étudiants en journalisme belges, mis en binôme entre néerlandais et wallons. Au grand air et ou en studio, il n’hésite pas à nous faire découvrir toutes les beautés du monde qui nous entoure, de sa voix ensoleillée.


- Comment êtes-vous devenu journaliste et comment ne seriez-vous pas devenu journaliste ?


J’étais engagé sur une autre voie, c’est la faute à Prévert en fait. J’ai toujours été passionné de nature, surtout des animaux, de chevaux, je rêvais de devenir vétérinaire. À Pâques 1977, notre prof de français a fait monter un spectacle sur Prévert, on a étudié ses textes, fait une petite mise en scène et j’ai vraiment eu un déclic incroyable. On a joué plusieurs fois ce spectacle, et j’ai dit à mes parents : « Je ne veux plus être vétérinaire je veux être comédien ». Ils m’ont dit « Ça va pas t’es complètement barge, ce n’est pas un vrai métier ! ». Puis à force de discussions on a trouvé un compromis « Tu ne vas pas faire comédien, on a trouvé une école qui fait dans la communication sociale, c’est un peu à cheval entre comédien et un métier un peu plus sûr ». J’ai accepté ce compromis et j’ai fait des études à l’IHECS en communication. C’était au moment de la naissance des radios libres. Je suis tombé dedans fin des années septante, j’étais fasciné par ces courants, cet air de liberté. J’ai l’impression d’y être encore aujourd’hui ! Même si maintenant mon travail s’est un peu officialisé, j’essaye de rester un peu dans cet esprit pionnier, en dehors des sentiers battus et très émerveillé au quotidien par mon travail. J’ai une carte de presse, je suis journaliste, mais je me décris plutôt comme un animateur reporter et entrepreneur d’émissions, parce que je ne fais pas du journalisme pur et dur, je ne traite pas l’actualité. Je suis plutôt dans un journalisme de découverte, de l’impact journalisme.


- Le métier de journaliste correspond-il à ce que vous attendiez, si vous en attendiez quelque chose ? Quelles en sont les principales contraintes et les points les plus « positifs » ?


Il est encore mieux que ce que j’imaginais ! En tout cas au début il m’a vraiment plu, je ne vais pas parler au passé parce que j’ai encore quelques belles années devant moi mais il me donne énormément de satisfaction. J’ai fait des reportages dans une centaine de pays différents, j’ai rencontré des gens fabuleux, j’en rencontre tous les jours. Grâce à ce job j’ai l’impression d’avoir un métier de rêve, une vie vraiment palpitante. Le prix à payer, parce qu’il y a un prix évidemment, c’est énormément d’investissement, une disponibilité permanente. On n’est pas dans les trente-six ou quarante heures par semaine, mais en même temps je vois très peu de frontières entre ma vie privée et ma vie professionnelle, les deux s’entremêlent très fort. Quand je suis chez moi, que je ne travaille pas, je lis pour mes émissions. Quand je suis en reportage, j’ai vraiment l’impression parfois d’être en vacances. Mais il faut prendre les deux, si on ne veut prendre que les bons côtés il faut passer son chemin. C’est un métier très exigeant et il faut l’accepter.


- Comment choisissez-vous vos sujets, vos invités, qui mettre en avant ? Sont-ils toujours ceux qui font l’actualité ?


Pas du tout. Je ne suis vraiment pas dans la course à la vedette ou à celui qui fait l’actualité. Au contraire, j’essaye d’avoir une niche, je crois que c’est aussi pour ça que mes émissions durent. « Les Belges du bout du monde » je la fais depuis 35 ans, c’est la 36eme saison. « Le beau vélo de Ravel » je le fais depuis 22 ans. J’ai des émissions qui traversent le temps parce que je crois qu’elles n’ont jamais été à la mode, elles ne le seront jamais, du coup elles ne se démodent pas. Ce ne sont pas des émissions kleenex, mais des émissions qui tracent, qui tiennent la route. Mes invités je les choisis à l’instinct, au coup de cœur, à l’envie. C’est la même chose dans les voyages : je vais trouver un sujet là où j’ai envie d’aller aussi. Un de mes grands rêves c’était d’aller à Zanzibar par exemple, pour le nom et pour le mythe de Zanzibar, et bien je me suis trouvé un sujet pour y aller. Je fonctionne fort avec l’envie. Je trouve que ce qu’on fait avec envie on le fait vraiment bien, on le fait avec passion.


- À la tête de l’émission « Belges du bout du monde », le journalisme est-il pour vous synonyme de voyage ?


Oui tout à fait. Dans l’une de mes émissions, « Le Beau vélo de Ravel », je rencontre des gens à vélo. J’ai une autre émission « Les Belges du bout du Monde » qui sont des portraits croisés de belges qui vivent au bout du monde, et de personnes qui viennent du bout du monde et qui vivent en Belgique. Ce sont souvent des regards croisés sur différents pays. Je fais une série d’émission qui s’appelle les « Belgodyssées », où je travaille avec de jeunes étudiants en journalisme flamands et wallons, les deux principales communautés du Royaume. Je fais aussi une émission sur l’environnement qui s’appelle « Grandeur Nature » où on explore des réserves naturelles un peu partout. En temps normal je fais dix grands voyages par an. Maintenant je continue à faire beaucoup de voyages mais dans des territoires plus proches et c’est très bien aussi. Je redécouvre mon pays dans des petits coins complètement retirés, c’est quelque chose qui me plaît beaucoup aussi.


- Les Belgodyssées, c’est un concours pour les jeunes journalistes belges, mis en binômes bilingue franco-néerlandais. Pourquoi avoir créé un tel concours ?


J’ai toujours été fasciné par ces concours un peu style « La course autour du monde », j’aimais vraiment bien quand j’étais gamin. D’autre part, j’ai eu une expérience de stage dans le cadre de mes études, et quand on a 20 ans je trouve que les moments où on découvre le travail sont vraiment des moments hyper importants. En même temps ce concours, je ne l’ai pas fait seulement pour les étudiants, je l’ai aussi fait pour nous parce qu’un grand nombre des journalistes de la jeune génération qui travaillent maintenant à la RTBF sont passés par ce concours. C’est un vivier dans lequel on va pêcher les jeunes talents de demain, des jeunes avec qui je travaille aujourd’hui font des reportages pour mes émissions ou présentent les infos en radio, en télé. J’ai la chance avec cette émission d’avoir pu mettre le pied à l’étrier à pas mal de jeunes journalistes. Souvent l’élève a dépassé le maître, certains sont devenus directeurs à l’info ou sont devenus vraiment de très grandes pointures, et j’en suis super fier.


- Vous partez à la rencontre des gens à vélo, vous faites du journalisme itinérant. Qu’est-ce que ce concept apporte de plus selon vous dans le journalisme ?


D’abord je crois qu’on est en dehors des sentiers battus tout le temps. Si je prends l’exemple du « Beau vélo de Ravel », j’espère avoir donné un petit coup de boost à la mobilité douce, l’envie de se déplacer autrement, qu’il ne faut pas tout faire en bagnole, même au quotidien pour aller à l’école, faire ses courses… Je suis vraiment un apôtre de la mobilité douce. C’est important de pouvoir remettre à l’honneur ce qui au départ était un peu ringard : le vélo. Maintenant avec le confinement et ce qui s’est passé l’an dernier et ce début d’année, le vélo a vraiment repris ses lettres de noblesse, c’est devenu un engin branché. Je suis content d’avoir travaillé dans cette veine-là, de pousser les gens à la fois à redécouvrir leur territoire autrement, et surtout à leur donner envie de se bouger, de prendre soin de leur corps. Le vélo pour ça c’est un super bon médicament. Pour « Les Belges du bout du monde », la valeur que je prône est le fait de se dépasser, de toujours être curieux. Toutes les personnes que je reçois sont des gens qui ont préféré le goût de l’aventure à la chaleur des pantoufles, qui ont entrepris leur vie, qui sont allés de l’autre côté de la colline, et qui ont toujours quelque chose à nous apprendre. Ces personnes-là souvent on ne les entend pas. Je trouve que les médias tournent un peu en rond, surtout ces temps-ci. On écoute la radio, qu’est -ce qu’on va encore raconter sur le covid ? J’essaye d’apporter un autre message, une autre tonalité, une autre chaleur… D’être un porteur d’espoir, sans être complètement naïf, il faut parler de ce qui ne va pas. J’aime bien la phrase de l’Abbé Pierre qui dit : « On a deux yeux, un qui doit regarder la misère du monde, et l’autre qui doit célébrer les beautés du monde ». Je crois aussi qu’il faut avoir les deux, c’est ce que j’essaye de faire avec mes émissions.


- Être spécialisé dans un domaine particulier (culture, environnement/écologie, politique…) est-ce une force ou cela peut-il fermer des portes à d’autres sujets que vous voudriez traiter ?


Je ne crois pas qu’il y ait vraiment un sectarisme dans les différents domaines. On peut très bien parler de science, littérature ou cinéma dans une émission comme « Les Belges du bout du monde ». Pour les émissions dont je suis l’éditeur, le producteur, le responsable, c’est moi qui choisis les sujets, les invités, et je suis assez ouvert. Quand un bouquin ou un auteur me plaît, je vais réussir à le glisser dans l’émission, même si ce n’est pas toujours évident. Les émissions dans lesquelles je suis ne me ferment pas de portes. Au contraire, elles me mettent à l’abri de choses que je n’ai vraiment pas envie de traiter. La politique belge ou l’économie par exemple, ce n’est vraiment pas mon truc. Je suis content de pas devoir les traiter parce qu’il y en a d’autres qui le font beaucoup mieux que moi. Je laisse ça aux pros, je suis content de les écouter en parler, moi-même je n’en ai pas les capacités. Donc je crois qu’on ne peut pas tout faire, c’est bien de se spécialiser dans des matières qui nous sont chères.


- Comment fait-on pour être 100% objectif ? Lorsqu’on a affaire à un invité dont on ne partage pas forcément l’opinion, ou avec lequel on a justement beaucoup d’affinités, comment rester neutre ?


C’est une bonne question et c’est pour ça que je précisais au début de l’entretien que je ne me considérais pas comme un journaliste pur et dur. Si quelqu’un ne me plaît pas je ne vais pas l’inviter, je suis plutôt dans cette démarche-là. Je choisis parce que je ne fais pas un magazine d’actualité ou d’information mais un magazine de découverte, d’aventure humaine. Il est très rare qu’on m’impose un invité. J’essaye de mettre en avant des gens qui me plaisent plutôt que de détruire des gens qui ne me plaisent pas. La sélection se fait au moment où j’édite l’émission, où je choisis qui je vais inviter et mettre en avant. Par contre oui, l’esprit critique est super important, surtout dans des émissions qui traitent d’actualité. Et même si je suis dans un pays que je vais adorer, j’essaye aussi de pointer l’une ou l’autre chose qui sont moins belles dans ce pays, les dysfonctionnements. J’essaye de ne pas tout mettre en rose ou en bleu.


- Quelle est votre journée type ? Comment préparez-vous vos émissions ?


C’est vrai que les journées sont différentes mais il y a des rituels immuables, liés au petit matin. Avant de faire mes émissions actuelles j’ai fait les matinales 6h/9h, j’ai commencé par ça. Je l’ai fait une quinzaine d’année et ça m’a un peu cassé. On parlait tout à l’heure des prix à payer, des efforts, ça par exemple ça m’a cassé mon sommeil. Maintenant à 5h30 je suis debout, au taquet, je ne tiens plus en place et plutôt que de me retourner dans mon lit en maudissant le sommeil qui m’a échappé, j’attaque ma journée. Ce sont des moments très profitables. J’écris souvent mes émissions le matin. D’abord je fais une petite séance de salutation au soleil, un petit décrassage musculaire qui me permet de me reconnecter un peu, c’est important avant d’ouvrir mon ordinateur. Ensuite j’écris entre 6h et 8h, si j’ai une émission à écrire, une interview à préparer, un dossier à rédiger ou autre c’est le moment où je vais le faire, ce sont des heures privilégiées. Je vais généralement chercher mon pain à bicyclette à la boulangerie du village, je mange beaucoup, puis j’attaque ma journée. C’est soit du reportage, soit du studio, ça dépend des jours et des semaines. C’est à 9h que ma journée professionnelle va vraiment commencer, mais j’en ai déjà une petite derrière moi.


- Quel est le plus beau souvenir de votre carrière de journaliste ? En lien peut-être avec une rencontre qui vous a marqué, où vous vous êtes dit : « C’est ça que je veux faire, c’est pour ça que je fais ce métier. »


C’est une question difficile, comme si vous demandiez à une maman quel est son enfant préféré. Ça m’arrive régulièrement, ce sont souvent des moments d’émotion où il m’arrive même de pleurer, de me lâcher devant les évidences, toutes les choses qui remuent en moi. Parfois c’est aussi lié aux endroits. Par exemple, une jeune fille qui s’appelle Amandine, que j’ai interviewée au Chili, me racontait son parcours très difficile : danseuse, un accident, une carrière de danseuse étoile brisée, changement de vie, une espèce de volonté quand même de s’en sortir, conflits familiaux, elle s’exile au Chili, elle recommence à zéro et puis à force de résilience elle crée son école de danse. Elle me lâche son histoire au sommet d’une dune face à l’Atlantique, le soleil se couchait dans la mer… C’était vraiment un moment où elle avait gardé les choses très secrètes, et puis des vannes s’ouvrent, des choses sortent, elle se lâche et moi aussi. Ce sont des moments très intimes, très profonds, des moments où on est dans la vérité. On est très loin de la langue de bois, on se confie, on dit et on apprend sur l’autre, l’autre nous apprend aussi, nous enrichit, non seulement moi le messager mais aussi les personnes qui vont entendre l’émission et qui vont peut-être se dire : « Ah non d’une pipe moi aussi, là j’ai choppé le cancer ou j’ai choppé ceci ou j’ai choppé cela, mais regarde cette fille elle s’en est sortie ! ». Les histoires inspirantes de gens qui sont tombés sept ou huit fois, qui se sont toujours relevés et qui ont réussi. Ce sont des choses qui me touchent, qui me parlent beaucoup et que je suis vraiment heureux de transmettre. Il y en a beaucoup, au bout de ma rue ou au bout du monde, la force de l’humanité est là-dedans pour moi, enfin une des forces.


- À l’inverse, si ça vous est arrivé, un moment où vous avez pensé : « Mais qu’est-ce que je fais là ? » Qu’est-ce qui vous raccroche dans ces moments-là ?


Ah oui des bides il y en a, et heureusement d’ailleurs parce que sinon ce serait trop facile, ce serait trop beau. Il y en a souvent mais qui parfois déboulent sur de belles histoires, ça dépend toujours de comment on rebondit, si on est attentif aux signes. Je vous fais la version courte d’un voyage que je devais faire au Burkina Faso. C’était à la fin du siècle dernier, ça m’est vraiment resté. On partait avec Air Afrique, et au moment où on veut embarquer à Paris, la compagnie a une espèce de gros problème économique, l’avion ne veut pas décoller. On nous séquestre dans un hôtel à Roissy et je me dis : « C’était tout juste avec les correspondances, qu’est-ce qu’on va faire ? » En plus le matériel avait déjà été enregistré, on se retrouve avec des pieds, des batteries en moins… Il nous restait juste une caméra, ça sentait vraiment mauvais. Le lendemain, nous embarquons et on nous dit : « Le vol pour le Burkina n’est pas confirmé mais le vol passera au Mali et vous aurez sans doute une correspondance pour aller vers Ouagadougou. » Moi je dois faire mes reportages, j’ai d’autres émissions. Un reportage généralement c’est 5 jours, et j’arrive à Bamako avec déjà presque la moitié de la semaine qui était foutue, il ne restait plus beaucoup de temps pour faire mon sujet, sujet qui était périmé parce que les jeunes que je devais suivre au Burkina n’étaient plus disponibles. Bref, je dois trouver une solution. Je suis allé au siège de la télé du Mali expliquer ma galère, et le rédac chef de la télé a été vraiment merveilleux. Il m’a donné un pied de caméra, un stock de batterie, et son carnet d’adresse en me disant : « Tiens là je connais une chouette belge qui fait une école, qui a fait ceci cela… ». C’était la galère, on n’avait pas de sujet et à l’arrivée on a ramené un super sujet, une belle histoire, et puis un bel exemple parce que je ne suis pas sûr qu’un journaliste Malien qui débarquerait, comme ça, dans une télévision européenne, en criant au secours aurait le même accueil. Après coup je me dis « Tiens, qu’est-ce que ça m’a appris ? » Maintenant quand je vois un collègue dans la dèche, je vais l’aider. Des galères comme ça j’en ai eu des dizaines, mais ça a son charme et le reportage a encore plus de valeur après.


- Une question dans l’ère du temps mais qui n’en est pas moins importante, que voyez-vous de la parité autour de vous ? de la diversité dans le journalisme ?


Il était temps que les choses bougent. Je trouve que maintenant ça va mieux, à la RTBF en tout cas on est de plus en plus ouverts à la diversité. La parité homme/femme je pense qu’elle est acquise, il y a autant de femmes que d’hommes qui présentent le JT, c’est la fenêtre que tout le monde regarde. Chez nous il y a des gens qui sont très attentifs à cela et qui font vraiment le maximum pour qu’il y ait une diversité. Par contre, il y a quelque chose qui me révolte c’est la différence de traitement entre les hommes et les femmes après 50 ans, et je ne dis pas ça pour être politiquement correct. Une de mes très grandes amies dans le métier présentait la météo chez nous et à 50-55 ans on lui a fait comprendre qu’il fallait faire de la place aux jeunes. Une femme de cet âge-là on la verra moins continuer, tandis que des « vieux » présentateurs je peux vous en citer plein, il suffit d’allumer la télé. Je trouve qu’il y a un « genrisme » à double vitesse, ce n’est pas pareil qu’on soit un homme ou une femme.


- Comment voyez-vous le journalisme aujourd’hui, à l’ère des réseaux sociaux et de la désinformation ? Beaucoup de gens remettent en question les informations car il y en a trop, ils ne savent plus qui croire. Que diriez-vous à ces personnes qui doutent, qui se méfient du journalisme aujourd’hui ?


Je crois que dans des périodes de doute et de crise, les médias officiels et de référence ont l’adhésion du public. Depuis un an maintenant on fait des audiences canons parce que les gens ont besoin d’une information de qualité et ils savent que les médias du service public l’ont. On peut dire qu’ils sont parfois ringards, là-dessus je suis 100% d’accord. Par contre sur la crédibilité et le sérieux de l’info je trouve qu’on est plus forts. Les chiffres sont là, les audiences sont là, en tout cas chez les plus de 40 ans. Il est vrai qu’il y a une digression du public jeune et c’est pour ça qu’on investit énormément dans les réseaux sociaux et le digital. J’ai dû m’y mettre parce que j’étais allergique à Facebook, je n’étais pas sur Instagram ni sur Twitter. Mais depuis quelques années on a opéré la manœuvre et heureusement, parce qu’on va chercher un public qu’on n’aurait pas si on restait uniquement sur les émissions classiques. C’est important d’être ouvert, de nous diversifier et ne pas se lamenter en disant : « Ah les jeunes ne regardent plus… ». Oui les jeunes ne regardent plus parce qu’on ne s’est pas réinventés, et je crois qu’on doit se réinventer.


- Une émission radio/tv ou rubrique de presse écrite que vous conseilleriez ?


Je recommande sur France Inter deux émissions magnifiques en matinée toutes les deux : « Remèdes à la mélancolie » d’Eva Bester à 10h le dimanche, une super émission, très riche et très bien construite, très bien montée. Et puis plus spontané, plus direct mais quelle plume, quelle voix : c’est Augustin Trapenard et son émission « Boomerang ». J’aime aussi beaucoup Pascale Clarke sur Europe 1, dans l’émission « En ballade » le dimanche midi. Elle prend un invité, se balade avec lui, c’est un peu comme ce que je fais, c’est à dire de la radio en mouvement. On parle aux gens en faisant d’autres choses, on découvre.


- Alors, être ou ne pas être journaliste ?


Être. Mais si vous voulez l’être il faut avoir le feu sacré, ça c’est sûr. Ça me fait mal au cœur de voir le nombre incroyable de jeunes qui sont en école de journalisme, et tant mieux c’est un métier qui fait rêver, la communication, le journalisme etc… Mais il y en a beaucoup trop, entre l’offre et la demande il y a un gap terrible, la demande de journalistes n’est pas énorme. Il y a tellement d’autres métiers qui manquent de talents… Faites ce job, mais si vous crevez d’envie de le faire. Il faut être prêt à faire des journées de dingue, des semaines de ouf et je crois qu’il faut avoir la niaque et le feu sacré, vraiment. Si vous l’avez, vous serez super heureux. Faites-le, foncez, vous allez adorer, c’est génial !




Retrouvez Adrien Joveneau dans « Grandeur Nature » tous les samedis de 16h à 18h, et dans « Les Belges du bout du monde » tous les dimanches de 9h à 10h sur la RTBF.