• Else Delaisse

"Être ou ne pas être journaliste ?" avec Eva Bester

Mis à jour : avr. 20



Portrait d'Eva Bester, réalisé par Juliette Fleurie, à retrouver sur Instagram à @juliettefleurie et @lespetitsdessinsdelafleurie


C’est en stage à France Culture qu’Eva Bester débute sa carrière de journaliste. Aujourd’hui sur France Inter, elle anime et produit l’émission « Remède à la Mélancolie » depuis 2013. Une émission qui repose sur le vivant, dans laquelle elle creuse et pousse ses invités dans les retranchements de leur rapport à la mélancolie. On y parle de cinéma, de musique, de livres, et de toutes sortes de choses qui apportent du réconfort à celles et ceux qui l’écoutent. Depuis 2 ans, elle s’illustre dans l’émission « Clique TV », présentée par Mouloud Achour chaque dimanche sur Canal+, pour une chronique insolite. Des atomes aux poissons chauves-souris crêpes, tout y passe. Après un premier recueil de Remède à la Mélancolie en 2016, elle a publié en septembre dernier un essai sur le peintre belge Léon Spilliaert. Vous l’aurez compris, Eva Bester est une passionnée aux concepts uniques en leur genre qui nous sortent du quotidien.


- Comment êtes-vous devenue journaliste et comment ne seriez-vous pas devenue journaliste ?


En fait, je suis devenue journaliste un peu par hasard même si rétrospectivement ça me semble une évidence. Par hasard parce que je ne savais pas du tout quoi faire. J’étais en fac d’anglais, mais j’avais déjà, depuis petite, une curiosité excessive pour tout, et ce fantasme de l’éternelle étudiante. J’ai toujours voulu tout apprendre tout le temps. Une amie travaillait à la radio et m’a dit qu’une émission de France Culture cherchait des stagiaires, ils cherchent tout le temps des stagiaires à la radio. J’ai envoyé mon CV au producteur et ça a collé et voilà, c’est comme ça que je suis entrée à la radio. Je n’étais pas journaliste, j’étais une petite main, je préparais plein d’émissions, et trouvais passionnant de chercher des informations, les mettre en ordre, dans un souci de transmission. Je me disais : « En fait c’est génial, travailler à la radio c’est s’intéresser à tout et apprendre des choses tout le temps ! » Une fois là, c’était une évidence, je voulais absolument travailler à Radio France.


- Dans une interview pour Clique, vous avez confié en parlant d’un stage à France Culture : « J’ai vraiment commencé à apprendre, parce que la fac d’anglais à part me donner beaucoup de plaisir dans la lecture, ça ne m’a pas servi à grand-chose ». Pour vous le journalisme est-il le moyen de combler votre soif d’apprendre ?


Oui, entre autres, parce que je vous avoue que même en dehors de mon travail je passe mon temps à lire, à regarder, à écouter, à chercher… C’est un peu frénétique et obsessionnel chez moi. J’aurais pu être détective privée mais pour les choses, pas pour les êtres humains.


- Le métier de journaliste correspond-il à ce que vous attendiez, si vous en attendiez quelque chose ? Quelles en sont les principales contraintes et les points les plus « positifs » ?


Les contraintes c’est que ce n’est pas très bien payé et que le statut est assez précaire, moi par exemple je n’ai pas de carte de presse parce que j’ai un statut d’intermittente. Et les horaires sont un peu absurdes, enfin ça dépend du type de journalisme mais j’imagine que c’est le cas pour beaucoup. Je travaille sept jours sur sept parce que c’est comme si on avait tout le temps des devoirs à faire, il n’y a pas ce truc où quand on rentre du bureau c’est terminé. J’ai plein d’amis qui ont des horaires de bureau et quand ils rentrent c’est fini. Même quand je lis pour autre chose que le travail, je me dis : « Ah ça pourrait servir pour une émission ; ah il faut que je regarde ce film ; ah il faut que je lise ce livre ; ah il faut lire cet article… » C’est tout le temps, n’importe quand, il y a toujours quelque chose à rédiger. Les points forts c’est qu’on ne s’ennuie jamais, c’est un apprentissage éternel, passionnant, on rencontre des gens vraiment intéressants. Il y a ce truc de transmission et d’échange avec les auditeurs aussi en radio, mais avec les lecteurs en presse écrite, les téléspectateurs à la télé… Après j’ai l’impression quand même qu’il y a plus d’échanges avec les auditeurs en radio et avec les lecteurs en presse écrite qu’à la télé. Je suis passée par tous les médias. Je suis proche des auditeurs, j’échange beaucoup avec eux. Mais les points forts oui c’est l’émulation, l’inter-émulation avec les auditeurs et les lecteurs aussi, c’est à dire que les gens à qui vous transmettez le savoir que vous êtes allé chercher, vous recommandent aussi des lectures ou des films, ou vous soumettent des idées. Et aussi, mais bon après là c’est personnel, il y a l’impression d’apporter un tout petit peu de réconfort, à micro échelle. Avec « Remède à la Mélancolie » j’ai tellement de retours que… enfin ça m’émeut beaucoup.


- Vous dites que vous avez un statut d’intermittente ?


Oui parce qu’en fait on a des contrats de producteurs qui sont des contrats de grille, qui vont de septembre à juin, on n’est pas payé en été. Et surtout tout peut s’arrêter à chaque seconde, on le sait. Le statut est précaire. Ceci dit, je crois que les journalistes qui ont une carte de presse ont un statut différent, avec plus de garanties, d’avantages, mais si vous êtes producteur à la radio publique… Ce n’est pas comme ça que vous allez devenir riche quoi.


- Vous vous illustrez aujourd’hui dans Clique TV, où l’on vous voit à l'écran. Est-ce qu’on travaille ou est-ce qu’on se prépare de la même façon lorsqu'on entend que notre voix et qu’on nous voit à l’image ?


Non, enfin il y a des choses en commun évidemment. A la radio, c’est plus écrit. Je suis obsessionnelle et je travaille énormément donc j’ai environ 21 pages de questions par invité. Mais une fois que je suis face à l’invité tout peut arriver et je m’adapte à ce qu’il ou elle dit, c’est juste un coussin de sûreté, parce que parfois il arrive qu’on soit en face de quelqu’un de taiseux ou qui ne se confie pas facilement, et il faut quand même avoir des billes de secours. Et pour tous les formats chronique que je fais au début d’émissions, les présentations, les introductions tout est très écrit. À la télé c’est écrit aussi mais comme on est en plateau, j’essaye quand même de m’adresser à mes camarades et aux invités sans rester le nez dans mes fiches. Le fait de pouvoir illustrer avec des images change aussi le contenu. Je me souviens qu’une des premières fois où j’ai fait de la télé, je n’arrêtais pas de dire le nom de l’invité comme en radio, alors qu’il était inscrit sur l’écran, c’était ridicule. Donc oui il y a une différence, et je préfère la radio. Je ne suis toujours pas super à l’aise à la TV. Pendant longtemps je ne voulais pas en faire d’ailleurs. Et finalement j’ai accepté des chroniques dans Clique parce qu’on m’a donné carte blanche et que j’aime beaucoup Mouloud Achour, et que l’équipe est super. Mais l’exercice est difficile et je reste une étudiante de 120 ans qui veut juste passer ses journées à la bibli.


- Comment choisissez-vous vos invités justement, qui mettre en avant ? J’ai vu que dans votre émission « Remède à la Mélancolie » vous ne vouliez pas que vos invités fasse de promotion.


Oui, j’ai fait délibérément une émission hors promo et hors actu parce que tout est promo et actu, enfin la plupart des choses, et ça m’ennuie un peu. Je choisis mes invités très subjectivement, j’ai sur mon téléphone une liste de centaines de noms de gens que j’ai envie d’inviter depuis des années. Dès que quelqu’un m’intéresse j’ajoute son nom à cette liste et parfois je mets des années avant de lancer l’invitation, c’est très subjectif. Ça, c’est vraiment le luxe que je peux m’octroyer grâce à cette émission mais c’est vrai que c’est beaucoup plus facile d’avoir un invité quand il est en promo. Il y a plein d’acteurs qui ne veulent pas venir s’ils n’ont pas un truc en promo, et donc la sortie du film est l’occasion de les inviter. Après, ils savent que l’émission ne va pratiquement pas parler du film mais que je vais le citer à la fin, et l’émission est très écoutée : si l’invité était intéressant, les gens auront peut-être envie de voir le film ? Même si ça n’a aucun rapport finalement...


- Et pour vos chroniques dans Clique TV, comment choisissez-vous vos sujets ?


Alors Clique justement il y a beaucoup plus de contraintes parce que j’ai un stock de milliers de sujets totalement absurdes, ma spécialité depuis des années c’est de dénicher des petites pépites culturelles insolites, pas trop connues, pour un peu divertir et enrichir culturellement, enfin j’aimerais trouver un mot moins prétentieux… Mon idée, c’est que la personne qui regarde la chronique ait appris quelque chose, qu’elle ait envie de lire ou de regarder un truc et qu’elle se soit changé les idées. Et j’ai un stock de trucs vraiment infini dans la tête… Ça fait tellement d’années que je m’intéresse à tout que ça s’accumule, mais les contraintes c’est que quand je veux parler d’un film par exemple, il faut qu’on ait les droits, donc plein de fois il y a des films dont je veux parler mais on ne peut pas en parler parce qu’on n’a pas les droits. Quand je veux parler d’un livre il faut que je fasse attention parce qu’il y a une chroniqueuse qui fait les livres et donc il ne faut pas que j’empiète sur ses plates-bandes, ce qui est normal. Quand je veux parler d’un tableau, il faut qu’on ait les droits aussi donc si c’est des vieux tableaux libres de droit ça va, mais si c’est contemporain c’est compliqué, il faut toujours demander. Alors qu’à la radio je peux même parler d’un truc un peu… sulfureux, puisqu’il n’y a pas d’images. À la télé, je me souviens qu’une fois j’avais parlé d’un livre très sulfureux et j’avais mis une petite pancarte « interdit aux moins de 18 ans » en rigolant parce que c’était trash. Mais c’est vrai que j’adore les films d’horreur et je ne pense pas que je puisse montrer des images de films d’horreurs à la télé à une heure de grande écoute.


- Être spécialisée dans un domaine particulier (culture, environnement/écologie, politique…), est-ce une force ou cela peut-il fermer des portes à d’autres sujets que vous voudriez traiter ?


En fait, je ne suis pas du tout spécialisée, vraiment pas, et je pense que c’est ça qui fait ma liberté : le fait de n’avoir aucune spécialité et de toucher à tout. Donc il y a évidemment les points forts et les inconvénients : je touche à tout donc je ne m’ennuie jamais et je survole une pluralité de sujets que les journalistes spécialistes ne survolent pas, mais je ne serai jamais aussi savante ou aussi connaisseuse d’un sujet que ceux qui vont beaucoup plus en profondeur. Mais j’ai choisi cela délibérément, pour toucher à tout justement. Donc j’imagine qu’être trop spécialiste peut fermer des portes, mais en même temps, moi, je n’ai de légitimité pour rien.


- Vous avez écrit un livre sur le peintre belge Léon Spilliaert, vous avez un goût prononcé pour la lecture et les mots. Vous avez déjà travaillé dans la presse écrite ?


Oui j’ai travaillé dans la presse écrite mais en fait j’avais trop de pression pour écrire les articles parce que les articles ça reste, et je sacralise vraiment l’écrit. La radio ça permet d’être plus souple avec la langue, je fais très attention à la langue, à l’usage de la langue. Si on bafouille ou si on a une tournure de phrase peu gracieuse à l’oral, ce n’est pas si grave, c’est éphémère ; dès que c’est écrit sur du papier ça me fait peur. Je sacralise trop l’écrit.


- Avez-vous une journée type en tant que journaliste ou chaque jour est vraiment différent ?


Mes journées types c’est : comme je me couche tard, je me lève tard, enfin quand je peux parce que sinon il y a toujours des trucs qui vous réveillent. Je commence par lire la presse pour moi, parce que je ne parle pas du tout d’actualité, ensuite je prends une douche, je réponds à tous les mails et les appels et je me lance dans la rédaction. Et au moment des repas je fractionne tous les films que je dois voir en tranche de trente minutes, parce que j’ai rarement 1h30 ou 2h devant moi à ne rien faire, et le soir je lis plusieurs heures, le soir et tout le temps dès que je peux, dans le métro, dans les salles d’attente…enfin tout le temps. J’écris mes émissions dans la journée, jusqu’au soir, jusqu'à 2h du matin parfois, je ne suis vraiment pas bonne pour les agendas, tout me prend du temps.


- Comment fait-on pour être 100% objectif quand on est journaliste ? Lorsqu’on a affaire à un invité dont on ne partage pas forcément l’opinion, ou avec lequel on a justement beaucoup d’affinités, comment rester neutre ?


C’est ce que je m’efforce de faire mais je ne sais pas si c’est vraiment possible, et si la neutralité existe. À partir du moment où les choses sont traitées par un être humain, elles sont forcément traitées par une sensibilité. J’essaye de ne pas prendre parti, mais c’est vrai que parfois, si j’ai des affinités, c’est compliqué de ne pas se dévoiler. Si je ne suis en revanche pas d’accord, je pense que je vais simplement poser des questions mais pas corriger l’invité. Il y a des journalistes qui corrigent l’invité, moi je ne corrige pas. Déjà, qui suis-je pour corriger, ensuite j’aime entendre tous les avis car tout m’intéresse. Il y a une pluralité de points de vue et j’aime bien l’altérité, j’aime bien entendre quelque chose d’autre. Alors je dirais que pour être le plus objectif possible il faudrait peut-être apprendre à penser contre soi. En général, quand je pense à une idée, j’essaie vraiment d’imaginer tous les points de vue qui vont contre, et je les comprends. Je peux ne pas approuver ce que quelqu’un dit, mais comprendre son chemin de pensée. Ça me parait important de s’efforcer de comprendre le chemin de pensée de l’autre, c’est la base de l’altérité et c’est pour ça que je ne suis pas pour les gens qui censurent les autres en disant qu’il ne faut pas les écouter. Je ne parle pas des extrêmes, mais des choses parfois un peu dérangeantes, un peu politiquement incorrectes, sans aller dans les excès. Il me paraît intéressant d’aller voir tous les points de vue, sinon, c’est un peu pauvre idéologiquement. Il faut apprendre à fabriquer de la pensée par soi-même. On ne peut pas fabriquer de la pensée si on écoute qu’un seul point de vue, si l’on ne fait que répéter la doxa sans grain à moudre.


- Comment voyez-vous le journalisme aujourd’hui, à l’ère des réseaux sociaux et de la désinformation ? Beaucoup de gens remettent en question les informations car il y en a trop, ils ne savent plus qui croire. Que diriez-vous à ces personnes qui doutent, qui se méfient du journalisme aujourd’hui ?


C’est une question difficile. Je dirais de prendre le temps de se documenter, de lire plusieurs médias de différents bords. Je me répète mais je ne comprends pas ceux qui méprisent les opinions à l’opposé des leurs, je pense qu’il faut aussi s’y intéresser ne serait-ce que pour appuyer, renforcer ses arguments contre. Il faut comprendre ce à quoi on s’oppose. Ceci dit, là on arrive à une question quasi métaphysique, mais est-ce que la vérité univoque existe ? Je ne suis pas sûre, et puis qu’est-ce qui est véritable aujourd’hui ? Je suis assez pessimiste mais j’ai l’impression qu’à partir du moment où on raconte quelque chose, il y a forcément une part de fiction, enfin c’est forcément subjectif : à nouveau c’est traité par un être humain donc c’est traité par une sensibilité, et même un journaliste qui espère écrire avec la plus grande des neutralités, tous les angles et toutes les choses sur lesquelles il décide d’apposer son regard sont subjectifs. Parfois, ça ne diffère pas vraiment de la fiction : ce sont des histoires qu’on raconte, tout est toujours une histoire qu’on raconte. À moins de vivre la chose en direct, et même, vivre la chose en direct c’est à nouveau la traiter avec un regard donc de façon subjective, parce que deux personnes vont vivre la même chose et avoir un point de vue différent sur ce qui s’est passé. Donc c’est vraiment difficile et c’est vrai que j’aime le temps long. J’essaye justement de me tenir loin de l’actu et du commentaire. On est un peu dans une société du commentaire et de la réaction plutôt que de l’analyse, et c’est un peu fatigant.


- Une question dans l’ère du temps mais qui n’en est pas moins importante, que voyez-vous de la parité autour de vous ? De la place des femmes dans le journalisme ?


En dehors des salaires souvent plus bas que nos homologues masculins, je suis quand même entourée de beaucoup de femmes admirables à la radio, et j’en vois autant à la télévision ou en presse écrite, donc je dirais que ce n’est vraiment pas le pire des milieux pour les femmes.


- Quel est le meilleur ou le plus beau souvenir de votre carrière de journaliste ? En lien peut-être avec une rencontre qui vous a marquée, où vous vous êtes dit : « C’est ça que je veux faire, c’est pour ça que je fais ce métier. »


Ce n’est pas spécialement pendant que j’exerce ma fonction de journaliste mais plus les à-côtés. Les rencontres publiques par exemple, quand des gens viennent me parler, c’est souvent assez émouvant. Il y a toujours des gens hyper bizarres aussi, évidemment, mais qui sont une minorité. Cette année, quand j’ai sorti mon livre sur Spilliaert, j’avais fait une signature dans une librairie à Bruxelles, et une femme est venue avec une boite en carton, et dans la boite il y avait une lettre de son jeune fils, elle l’avait forcé à écrire c’était trop marrant. Il avait dit quelque chose comme : « Oui la radio ça m’ennuie et votre émission franchement ça m’intéresse pas trop mais c’est vrai que grâce à vous et ben, Chantons sous la pluie c’est devenu mon film préféré… » Enfin c’était beaucoup trop mignon et elle, elle m’avait écrit une lettre et elle avait aussi fait un rouleau de papier avec tous ses remèdes écris à la main et quand je l’ai ouvert le soir, j’ai pleuré. J’ai trouvé ça magnifique, je me suis dit : « Wouah si c’est ça que ça inspire, c’est magnifique ! » Enfin voilà, ce genre de choses.


- À l’inverse, si ça vous est arrivé, un moment où vous avez pensé : « Mais qu’est-ce que je fais là ? » Et qu’est-ce qui vous raccroche dans ces moments-là ?


Ça arrive avec des invités ennuyeux qui sont vraiment l’infime minorité, mais je précise, sinon c’est méprisant, qu’ils peuvent sembler ennuyeux non pas parce qu’ils le sont, mais parce qu’ils sont parfois mal à l’aise. Une émission peut mal se passer, mais je me dis toujours que n’importe qui a quelque chose d’intéressant quelque part, et mon job c’est de le trouver.


- Une émission radio/tv ou rubrique de presse écrite que vous conseilleriez ?


Oui, en presse écrite : deux choses, une vivante et un mort. Contemporain, ce serait les chroniques de Cécile Guilbert dans La Croix qui ont été rassemblées récemment dans un recueil paru chez Flammarion, Roue Libre, recueil que j’ai trouvé assez brillant. Et sinon mon chouchou absolu que je conseille à tout le monde, que j’ai beaucoup offert : le maitre stylistique de Pierre Desproges, c’est Alexandre Vialatte, et ses chroniques pour le journal La Montagne. C’est un délice. Il avait carte blanche : il pouvait parler de tout sauf de politique. Il s’extasie sur les étoiles, les artichauts, les oiseaux, le subjonctif imparfait, le bricolage … C’est extraordinaire, c’est drôle, c’est tendre… C’est un enchanteur Vialatte.


- Alors, être ou ne pas être journaliste ?


Si vous êtes curieux, définitivement, c’est vraiment le métier de la curiosité. Mais il faut apprendre à se défendre financièrement, et c’est difficile. J’ai toujours été assez médiocre pour ça et je le regrette, mais sinon le journalisme pour moi c’est passionnant. Apprendre, creuser, enquêter, transmettre, rendre accessible : c’est assez merveilleux, je pense qu’une vie entière ça ne suffirait pas.




Retrouvez Eva Bester tous les dimanches à 10h sur France Inter dans « Remède à la mélancolie », et le dimanche à 12h45 dans l’émission « Clique TV », en clair sur Canal+.